La lettre au CE

#66 •  juil-aoû 2017

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economie

Les emplois vacants : fin du mythe, une étude de la DARES objective les chiffres.

4 septembre 2015 zoom dézoom imprimer envoyer partager

Tout le monde aura gardé en mémoire le mythe des emplois vacants que les chômeurs répugneraient à pourvoir, discours tenu il y a peu par des membres du gouvernement et parfois relayé par la presse. Les services d’études du Ministère du travail ont mis en ligne au mois d’août une étude sur ce sujet qui permet de faire le point et qui semble devoir clore ce grand fantasme d’un gisement d’emplois non pourvus.
A fin 2014, nous dit cette étude, dans les entreprises de plus de 10 salariés (qui sont les plus suivies statistiquement), le nombre d’emplois vacants s’élevait à 72 800 postes soit 0,6% de l’emploi total des entreprises de cette taille. Rappelons qu’à la même période, le nombre de demandeurs d’emploi en France métropolitaine s’élevait à 3,4 millions de personnes pour la catégorie A et 5 millions de personnes pour le cumul des catégories A, B et C. Autant dire qu’il n’y avait que peu d’espoir de voir le fameux gisement contribuer significativement à la baisse du chômage.
Si l’on inclut les TPE, qui ont plus de difficultés à recruter, le chiffre en valeur monte à 138 900 emplois et 0.9% de l’emploi privé total en France (mesure à fin 2013 pour des raisons de disponibilité des statistiques TPE).
La DARES nous apprend également, que de manière cohérente avec la rareté du travail, ce chiffre d’emplois vacants est en baisse constante depuis 3 ans et plus particulièrement dans les grandes entreprises où son poids relatif est de 0,3% de postes non pourvus.
L’analyse par taille d’entreprise et par secteur d’activité montre des constantes du marché du travail qui ne sont guère surprenantes :
• Plus l’entreprise est petite, plus il y a de postes à pourvoir. La raison en est simple : une préférence naturelle des salariés pour le meilleur statut social des grandes entreprises et les possibilités de carrière.
• L’industrie et le bâtiment ont des taux d’emplois vacants plus faible que les services. Les raisons en sont également structurellement connues : le secteur des services est celui qui regroupe la part la plus importante des postes à très faible rémunération, ce qui n’est pas le cas de l’industrie et du BTP où qualifications et conventions collectives jouent mieux leur rôle.
Dernier élément fort intéressant qui n’a jamais été versé au discours des tenants du gisement miraculeux : une partie des emplois vacants sont encore occupés ! Il ne s’agit pas d’une plaisanterie mais tout simplement le résultat d’une méthode d’harmonisation statistique qui veut qu’un poste dont le salarié est en préavis de départ soit comptabilisé comme vacant. Ce cas de figure n’est pas négligeable, 25% des postes dits vacants sont dans ce cas.
Décidément, le dogmatisme a ses raisons que la statistique ignore et même contredit.

http://travail-emploi.gouv.fr/etudes-recherches-statistiques-de,76/etudes-et-recherches,77/publications-dares,98/dares-analyses-dares-indicateurs,102/2015-059-les-emplois-vacants-la,18872.html

 Laurent Piolet

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DARES : cet organisme est le service d’études dépendant du Ministère du travail. Il publie aussi bien des analyses périodiques à dates définies que des études ponctuelles sur tous les sujets liés à l’emploi et au travail.