La lettre au CE

#66 •  juil-aoû 2017

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Illusions financières

Illusion financière

Gaël Giraud
25 octobre 2015 zoom dézoom imprimer envoyer partager

Gaël Giraud a un parcours aussi brillant que surprenant. Ancien élève de l’Ecole nationale de la statistique et de l’Ecole Normale Supérieure, il est également prêtre, membre de la congrégation des Jésuites.

Economiste, ses travaux portent sur divers champs dont les marchés financiers et les théories de la monnaie. Son positionnement le situe dans la mouvance des économistes hétérodoxes, en opposition aux néo-libéraux. Illusion financière est un ouvrage qui a beaucoup de mérites, dont le premier est l’accessibilité et la clarté. L’ouvrage a pour objectif de permettre à tous de comprendre comment les marchés financiers ont créé des instruments financiers de plus en plus complexes et déraisonnables qui ont débouché sur la crise financière de 2008 dont les répercussions sur l’économie réelle sont toujours présentes.

Tous les éléments de compréhension du problème sont accessibles. Le système financier, avide de doper le rendement des actifs financiers a créé des produits de plus en plus sophistiqués qui sont devenus invérifiables tant leur composition devenait complexe. Dans un second temps, ces produits ont été largement mis en circulation au niveau international, propageant une épidémie latente devenue non contrôlée. Comme, à l’origine, la base de ces produits financiers reposait sur des actifs réels surévalués (crédit hypothécaire aux Etats Unis fondé sur une accession à la propriété et un modèle de croissance faux), lorsque le réel sous-jacent s’est retourné, la superstructure financière est partie en vrille.

Plus grave encore et dans une créativité sans limite, les acteurs financiers ont créé de nouveaux produits les credit default swap ou CDS qui sont des instruments mis sur le marché de gré à gré et qui couvrent des défauts de paiement, et sont émis par des organismes financiers qui ne portent pas le risque principal du défaut. Sont donc entrés en circulation des produits spéculatifs sur lesquels des détenteurs avaient un intérêt à la concrétisation d’un défaut. Ces CDS ont progressivement généré une défiance généralisée sur les marchés faisant douter les acteurs sur « qui jouait contre qui ? » de manière opaque.

La conjonction des interrogations sur les produits en circulation a amené à un asséchement du marché du refinancement et du marché interbancaire, plus personne ne se faisant confiance et chacun regardant son interlocuteur comme un possible spéculateur contre ses intérêts. Or l’économie réelle a un besoin constant de liquidités. Si les banques centrales n’étaient intervenues par des injections massives de liquidités et les États pour sauver les banques dont les bilans étaient truffés de produits douteux, le système économique serait allé vers le big crunch. Comme le dit la formule qui a fait succès, on a bien « mutualisé les pertes, tout en conservant la privatisation des profits ». A peine requinqué et encadré, le système est reparti.

Comment sortir de cette mécanique qui n’est plus maîtrisée ? C’est la seconde intention de l’ouvrage que de proposer des voies d’une économie alternative. On pourra ou non suivre les réflexions et propositions de Gaël Giraud. Elles sont en tout cas à verser au débat des changements de politique radicaux, bien que l’opérationnalité de certaines pistes paraisse encore très floue dans les limites de développement que permet la taille de l’ouvrage.


Gaël GIRAUD
Illusion financière
Editions de l’Atelier 256 pages 10€