La lettre au CE

#66 •  juil-aoû 2017

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rouge

Rouge

Carl Aderhold
1 avril 2016 zoom dézoom imprimer envoyer partager

« Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes » titrait un film il y a déjà quelques années. Carl Aderhold nous livre une vision tout aussi intime de son enfance dans un milieu d’artistes et de militants, mais avec l’humour distancié en moins. Au centre de ce récit trône la figure du père, comédien qui tire le diable par la queue, navigue entre l’intransigeance des rôles qu’il accepte pour leur qualité, Brecht, et ceux qu’il accepte parce qu’il faut bien se nourrir, La cage aux folles.

Le personnage est tonitruant, excessif au quotidien, voit la main de l’impérialisme en tout y compris dans sa vie. Il est aussi bien au centre de cette famille qu’il la satellise de ses excès de toute nature, jusqu’à l’éclatement. Si l’on rit parfois des situations, on sent chez le narrateur la part de souffrance d’une enfance qui ne fut pas aussi radieuse que des lendemains qui chantent. On rit de la scène de déclaration d’état-civil, où un fonctionnaire obtus ou réactionnaire (l’impérialisme toujours !)  refuse le prénom de Karl et finit par transiger sur Carl, on rit moins de l’enfant qui s’enferme face au maelstrom du monde en lutte et en chaos qui envahit son quotidien. On ne rit pas de l’effondrement du monde et des rêves du père à la chute du mur de Berlin qui est autant la ruine d’un espoir que l’annonce de sa fin.

Un livre très attachant, celui d’une enfance des années 60 où tout était possible et où rien n’adviendra. Il faut faire désormais avec.

Carl Aderhold  à 52 ans, est éditeur et écrivain. Il est le fils de Pierre Aderhold, de son nom de scène Pierre Decazes, acteur.

Rouge est paru aux éditions les Escales (19,90 euros)