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    La montée en puissance des actionnaires institutionnels : une mauvaise nouvelle pour les salariés !

    Tibor Sarcey
    Expert auprès des CSE
    2 mars 2020 zoom dézoom imprimer envoyer partager

    Depuis les années 1970, la part de la valeur ajoutée[1] rémunérant le travail a diminué tendanciellement un peu partout dans le monde. Celle-ci étant particulièrement visible aux Etats-Unis et en Europe. La France ne fait évidemment pas exception : la part des revenus du travail dans la valeur ajoutée est passée de 73% en 1976 à 66% en 2017 selon l’Insee. En d’autres termes, sur 100 euros de richesses nouvelles produits chaque année, les salariés français ont perdu l’équivalent de 7 euros !

    Cette tendance globale dans les économies considérées développées, nous explique-t-on souvent, trouverait une double explication. Premièrement dans le progrès technique : le « remplacement » par les entreprises de travail humain par des machines de plus en plus performantes et de moins en moins coûteuses permettrait des gains de productivité et une baisse de la part salariale dans la valeur ajoutée. Deuxièmement, dans les recompositions sectorielles découlant de la mondialisation : les pays dits développés auraient tendance à se spécialiser dans des secteurs économiques économes en main d’œuvre. À travers cette grille de lecture, l’important recul de l’industrie en France pourrait expliquer en partie la réduction du poids des salaires dans la valeur ajoutée. Or, de nombreuses études économiques montrent que cette réduction s’opère essentiellement à l’intérieur d’un même secteur, et non entre secteurs.

    À rebours de ces explications, une récente note du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII[2]) nous indique que ces deux explications n’expliquent qu’à la marge ce partage défavorable de la valeur ajoutée vis-à-vis des salariés. Elle pointe surtout du doigt un changement dans le mode de gouvernance des entreprises en Europe et aux États-Unis, caractérisé par la montée en puissance des investisseurs institutionnels dans le capital des entreprises (fonds de pension, fonds d’investissement, sociétés d’assurances). À ce titre, la part des actions des entreprises cotées en bourse détenues par ces derniers était de 39% en Europe en 1950. Elle est de 60% aujourd’hui (et 45% en France). Tendant « à imposer une culture du résultat de court terme » nous dit le CEPII, ces investisseurs influencent les stratégiques des entreprises et œuvrent à maximiser la part de la valeur ajoutée rémunérant le profit, ce qui, de manière symétrique, diminue celle rémunérant le travail. Concernant l’Europe, cette note nous dévoile en effet une étroite corrélation sur longue période entre la montée en puissance des investisseurs institutionnels, la hausse des profits des entreprises, et celle des dividendes versés aux actionnaires, et inversement une baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises.

    Tibor Sarcey

    [1] Au niveau d’une entreprise, la valeur ajoutée mesure les créations de richesses nouvelles : comptablement, elle se calcule en soustrayant du chiffre d’affaires les consommations externes (achat de matière première, de produits finis ou semi-finis, locations, énergies, sous-traitance, intérim, …) qui ont été nécessaires à la production de ce chiffre d’affaires. Ainsi, comme son nom l’indique, cela permet de mesurer la valeur qui a été ajoutée à ces consommations externes par le travail humain.

     

    [2] Principal centre français de recherche et d’expertise en économie internationale

     

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